Voyage

Jour 14

Jour 14

Déjà deux semaines se sont écoulés depuis mon départ du Québec.

J’ai pogné un peu mon blues. Peut-être est-ce l’isolement de l’hôtel en montagne ne donnant pas accès à la vie sociale et publique d’Haïti, le manque d’activité stimulante, l’absence de mon p’ti chéri ou ma capacité à gérer mon anxiété de séparation. Le manque d’activité physique dû à plusieurs facteurs tel que la température, l’humidité et la pollution.

C’est certainement un mix de tout ça.

J’ai fait ce que j’avais envie de faire pour mon intégration. Ça serait mentir de dire que je reste authentique, en fait, je m’adapte à mon environnement. Je me demande la différence entre l’authencité et l’acclimatation culturelle. Mmmhh! .. ouin Passons!

J’ai mangé plusieurs plats typiquement haïtiens et j’ai créé des liens avec des locaux. Sérieusement, tout est bon, tout est épicé, tout est relevé au niveau des saveurs. Et les gens sont gentils, accueillant, bienveillant (J’aime pas ce mot, mais c’est vrai qu’ils sont comme ça), je dirais même encore plus les enseignants les plus âgés). Je vous raconte une petite annecdote au travail cette semaine :

– Je vais prendre juste prendre du riz svp. (le riz mes amis, amandes et raisins secs macérés avec du piment fort) .. c’était juste beaucoup trop bon là.. !!!! (Le bonheur d’être avec une gang de prof de cuisine.. je vais ben prendre 10 kilos)

– Mais monsieur! Vous ne pouvez pas juste prendre du riz! Il faut goûter à tout!

– Hum…ben.. c’est que je fais attention! (Montrant mon bedon)

– HAA! Vous faites attention à la ligne?

– Hu.. non!! C’est que je suis arrivé la semaine dernière et je tente de m’acclimater aux épices du pays! (Je voulais quand même pas leur dire que la bouffe me donne le va-vite là, ca fera les histoires de caca moue!!!!)

– Très bien, mais j’espère bien que vous gouterez à notre dinde frite et notre poisson en sauce la prochaine fois!

– Oui, c’est sur que c’est certain! (J’avais juste envie d’avoir les tous les Tupperware qui existent pour les remplir de délicieux mangé!

Deux jours passent, antibiotique en cours, intestins opérationnels 10/10. La même me prof voit et évidemment, c’est l’heure du lunch.

– Donc, vous allez mieux aujourd’hui ?

– Oui Cheffe

– Donc, vous allez prendre le poisson en sauce, la salade de betterave, les petits pâtés et rapidement je me retrouve avec une assiette gargantuesque.

– Mais mais Cheffe, je ne pourrai jamais manger tout cela.

– Mon fils, tu vas manger et tu vas aimer ça , c’est certain!

Qu’est-ce que tu veux répondre à ça? Mon fils? Ça c’est oui, c’est correcte, pis je le prends.

J’ai mangé, j’ai toute mangé comme un porc. Drôle d’image là… mais c’est ça pis c’est toute.

On a dîné ensemble, elle me parlait de son amour pour la pâtisserie et son désir de faire apprendre les élèves, de transmettre sa passion.

Du Québec jusqu’en Haïti, c’est le même discours. Partager sa passion à travers son enseignement. Ça m’a rendu ému, j’étais fier d’être enseignant, j’étais fier d’avoir été choisi.

Elle me demande : comment peut-on enseigner dans un pays qui va si mal, au niveau des ressources, du matériel, des denrées, des finances?

Je n’avais pas de réponse. Je suis habitué à un budget pour des activités pédagogiques, de la technologie, des iPads.. en veux-tu, en v’là. Je suis revenu à la base.

Je lui ai simplement dit : je pense que la question à se poser c’est, comment vos élèves aime-t-il apprendre? L’environnement dans lequel ils grandissent, ils le connaissent, ils ne connaissent rien d’autre, ils ne peuvent pas comparer. Une formule universelle, avec ou sans argent, c’est le plaisir Cheffe. C’est dans le plaisir qu’ils apprendront et c’est dans la résolution de problèmes qui deviendront des professionnels de la cuisine.

Elle a souri. J’ai souri. Nous n’avions plus rien à dire sur le sujet mais nous nous sommes compris.

Lorsque j’étais enfant, on me disait de finir mon assiette. Une fois adulte, ne te force pas à finir ton assiette, si tu n’as plus faim, c’est correct. Aujourd’hui, je finis mon assiette. J’ai vu des gens qui n’ont que les os sur la peau, qui n’arrive pas à manger un repas par jour. Donc, jen prends moins, mais je le mange. Fini le gaspillage d’aliments. C’est une solide claque sur la yeule. Sauf pour la Cheffe en question, elle, elle s’est sûrement dit : il est déjà dodu, il peut manger pour deux.

Malgré l’isolement, je repense aux bons coups de la semaine, à mes rencontres et au chemin que j’ai fait en si peu de temps.

J’ai également établi mon plan de travail et la structure que j’ai envie qu’il prenne. Je suis content, j’ai une belle autonomie professionnelle et mes compétences sont plus que les bienvenues. Côté travail, c’est relaxe, c’est une vitesse qui ne me représente pas et honnêtement, je trouve ça difficile. Cependant, au lieu de vivre dans la frustration, j’ai décidé de transformer cette vitesse en quelque chose de positif. Tel un petit bœuf bourguignon, je monte ma structure, je l’élabore, je la détaille et j’ai le temps de me corriger 2-3 fois avant d’être en mesure de faire une intervention. AMEN! Demain, j’ai les clefs de l’appartement, vers midi. J’ai également les courses et le marché à faire si je veux manger cette semaine! ENFIN! Je vous materai des photos en fin de journée!

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